Énergie et population mondiales
Tendances jusqu’à
2100
Paul Chefurka,
octobre 2007
Texte original:
http://www.paulchefurka.ca/WEAP/WEAP.html
Aperçu
Dans le passé, l’accroissement de
la population humaine a été soutenu par une augmentation
continuelle de la consommation d’énergie. Notre civilisation
a besoin d’une très grande quantité d’énergie de différentes
sortes. Si la disponibilité de cette énergie venait à
diminuer considérablement, cela pourrait avoir des graves
répercussions pour la civilisation et la population. Cet
article montre des modèles pour les différentes sources
d’énergie que nous utilisons, et leur évolution probable
jusqu’à 2100. Ces perspectives, réunies, sont ensuite
traduites en un modèle de population, basé sur une
estimation de la consommation d’énergie moyenne, qui varie
au cours du siècle. Finalement l’impacte des dommages
écologiques est ajouté au modèle pour parvenir à une
estimation finale de la population.
Ce modèle, connu comme le modèle WEAP (World Energy And
Population / Énergie et Population Mondiales), suggère que
la population mondiale diminue fortement au cours du siècle.
Introduction
Durant l’industrialisation le niveau de la population
mondiale a été étroitement lié à l’énergie que nous avons
consommée. Sur les 40 dernières années la consommation a été
en moyenne 1,5
Tonnes Equivalent de Pétrole (TEP) par personne par an,
parant d’une moyenne de 1,2 TEP par personne par an en 1966,
jusqu’à 1,7 TEP par personne par an en 2006. Pendant que la
consommation mondiale de l’énergie triplait, la population
doublait.
Graphique 1 montre la corrélation étroite entre la
consommation mondiale de l’énergie, le Produit Intérieur
Brut mondial (GDP) et la population mondiale et
implique, que c’est un accroissement global de
l´approvisionnement en pétrole, qui a soutenu la croissance
de la population.

Graphique 1: Énergie mondiale, Produit Intérieur Brut
Mondial (GDP) et population de 1965 à 2003
Méthodologie
L’analyse dans cet article est supportée par un modèle de
tendances de la production d’énergie. Ce modèle est basé sur
les données historiques de production réalisée, couplées à
des perspectives qui sont déduites de la pensée de
différents analystes d’énergie, de même que de mon
interprétation personnelle des évolutions futures.
La composition actuelle de l’énergie mondiale consiste en
pétrole (36%), gaz naturel (24%), charbon (28%), énergie
nucléaire (6%), énergie hydraulique (6%) et énergies
renouvelables, comme le vent et l’énergie solaire (1%). Les
données historiques, à l’exception des énergies
renouvelables, ont été prises de la
BP Statistical Review of World Energy 2007. Pour des
comparaisons entre les différentes formes d’énergie,
j’utilise une mesure standard, appelée Tonne Equivalent de
Pétrole (TEP). Bien que cette approche néglige les
différences en utilité (comme entre l’énergie hydraulique et
le pétrole), cette mesure forme un standard accepté pour des
comparaisons générales.
Nous verrons d’abord chaque source d’énergie séparément. Je
décrirai le plus précisément possible les facteurs et
variables que j’ai pris en considération pour chaque
scénario. De cette façon, vous pouvez juger vous-même, si
mes suppositions sembles acceptables. Ensuite nous
rassemblerons ces scénarios en une perspective d’ensemble de
l’énergie mondiale.
Quand nous aurons composé cette perspective, nous verrons
l’effet sur la population mondiale. Ensuite nous
complèterons ce modèle avec les conséquences des dommages
écologiques pour arriver à une estimation finale de la
population mondiale au cours du siècle.
Note
Le modèle WEAP a été construit sur une simple page d’Excel.
La détermination des dates des événements liés à l’énergie,
de même que les taux d’augmentation et de diminution de
l’approvisionnement en énergie, ont été choisis après une
étude méticuleuse des documentations disponibles. Dans un
nombre de cas de différents auteurs avaient des opinions
différentes. Dans ces cas j’ai fait confiance à mon propre
analyse et jugement. Des modèles reflètent toujours
l’opinion de leurs auteurs, et il vaut mieux être clair sur
ce fait dès le départ. Néanmoins j’ai toujours tenté d’être
le plus objectif que possible et de ne pas me laisser guider
par mes propres désirs.
Le modèle WEAP présente une expectation globale des effets
sur la population mondiale de la consommation d’énergie et
des facteurs écologiques. Il ne traite pas directement des
différences régionales ou nationales. Le modèle WEAP a pour
but de construire un cadre conceptuel large, dans lequel ces
différences régionales pourront être comprises.
L’analyse a pour but exclusif de présenter le scénario “le
plus probable”, basé purement sur la situation telle qu’elle
est actuellement et se développera vraisemblablement à
l’avenir. Vous ne trouverez pas de suggestions sur ce que
nous devrions faire, ni des propositions qui impliquent que
nous pourrions changer le comportement humain et des
institutions à court terme. Vous ne trouverez pas non plus
de discussion sur, par exemple, la fusion nucléaire ou
l’hydrogène.
La page Excel avec les données qui ont été utilisées pour le
modèle WEAP, est disponible ici.
Modèles par source d’énergie
Pétrole
L’approvisionnement en pétrole n’est pas sans fin, n’est pas
renouvelable et dépend des effets d’une production
diminuante dans un proche avenir. Cette situation est
populairement connue sous le nom de Peak Oil. Le
concept-clef de Peak Oil, c’est qu’après qu’un peu plus de
la moitié du pétrole a été pompé, le rendement atteint un
sommet et diminue ensuite de façon irréversible.
Ceci vaut pour des champs individuels, mais également pour
des pays entiers; cependant, pour des raisons différentes.
Dans les champs individuels le phénomène est causé par des
facteurs géologiques, inhérents aux structures des
réservoirs. Au niveau national cela est causé par des
facteurs logistiques. Quand on commence à exploiter le
pétrole dans une région, on trouve et exploite les champs
les plus grands et les plus accessibles en premier. Quand la
production diminue et on essaie de compenser cette
diminution, les champs disponibles sont souvent plus petits
avec une capacité de production moindre.
Les champs de pétrole sont divisés en un tout petit nombre
de champs énormes et un grand nombre de petits champs. Cette
division est illustrée par le fait que 60 % de la production
mondiale vient de seulement
1 % des champs actifs. Quand un des très grands champs
commence à être épuisé, il se peut qu’il faille exploiter
des centaines de champs plus petits pour compenser la
diminution de la production.
La théorie derrière Peak Oil est largement disponible sur
l’Internet et quelques références de base sont données
ici,
ici et
ici.
Détermination du moment
Il y a beaucoup de discussion sur la question à quel moment
nous devons nous attendre au sommet de la production de
pétrole au niveau mondial, et à quelle vitesse la production
diminuera. Bien qu’il n’y ait pas d’accord sur la vitesse de
décroissance, le moment du sommet est moins controversé.
Récemment un nombre de gens bien informés ont indiqué, que
ce sommet est atteint. Parmi ce groupe de gens braves nous
trouvons l’investisseur milliardaire
T. Boone Pickens, le banquier investissant en énergie
Matthew Simmons (auteur du livre "Twilight in the
Desert" sur l’état des réserves de pétrole de l’Arabie
Saoudite), le géologue retraité
Ken Deffeyes (un collègue du spécialiste de Peak Oil
légendaire M. King Hubbert) et
Dr. Samsam Bakhtiari (un ex-scientifique senior de la
National Iranian Oil Company).
Ma thèse correspond à celle des personnes mentionnées et dit
que le sommet de la production est atteint au moment où
j’écris ceci (automne 2007). C’est confirmé par le dessin de
la production et des prix de ces trois dernières années.
J’ai découvert, que la production de pétrole brut a
piqué en mai 2005 et n’a pas montré de croissance,
malgré un doublement du prix et une croissance dramatique
des activités d’exploration.
Vitesse
de décroissance
La vitesse de décroissance après le sommet, c’est une autre
question. Les meilleurs guides que nous avons sont les
résultats des champs et pays de pétrole, dont nous savons
que leur production diminue. Hélas! Le rythme est partout
différent. Aux États-Unis, par exemple, la production
diminue
depuis 1971 et a perdu jusqu’ici deux-tiers de sa
capacité avec un rythme de décroissance d’environ 3 % par
an. De l’autre côté le bassin de la Mer du Nord connaît un
taux de décroissance d’environ
10%, et la capacité du champ géant Cantarell au Mexique
diminue de près de
20% par an.
Pour créer un modèle réaliste de la diminution au niveau
mondial, j’ai choisi de suivre l’approche utilisée par Dr
Bakhtiari dans son modèle
WOCAP . Il suppose une décroissance de plus en plus
rapide de la production. Jusqu’ici WOCAP s’est avéré
relativement juste et j’ai opté pour une variation de
celui-ci. La différence la plus importante est que mon
modèle est un peu moins agressif. Là où WOCCAP prédit que la
production diminuera de 4000 millions de Tonnes de Pétrole
par an à 2750 MTP en 2020, mon modèle n’atteint ce point
qu’en 2030. Mon modèle part d’une diminution de production
de 1 % par an en 2015, jusqu’à atteindre une diminution
constante de 5 % par an à compter de 2040. Même ce modèle
relativement conservateur donne des résultats étonnants au
cours du siècle, comme on peut voir sur le graphique 2.

Graphique 2: Production mondiale de pétrole, 1965 - 2100
Le problème de l’exportation nette de pétrole
Le graphique 2 montre la production totale au monde.
Cependant, le monde n’est pas une place uniforme de
production et de consommation. Il y a des pays qui sont
net-exportateur de pétrole, tandis que d’autres sont
net-importateurs, achetant du pétrole sur les marchés
internationaux.
Dans la plupart des pays la demande de pétrole augmente
constamment. Dans les pays producteurs de pétrole les prix
augmentants ont stimulé la croissance économique. Cela a
pour conséquence, que dans ces pays producteurs la demande
de pétrole intérieure augmente. Quand la production et la
demande intérieure dans un pays producteur augmentent
simultanément, cela ne pose généralement pas de problème.
Mais quand la production du pays a atteint son sommet et
diminue, il se passe quelque chose de sinistre: la quantité
disponible pour l’exportation diminue plus vite que la
production. Ceci est le problème de l’exportation nette de
pétrole.
Un exemple. Supposons qu’un pays exportateur produit un
million de barils par jour et ses habitants en consomment
500.000 par jour. Il reste 500.000 pour l’exportation.
Supposons que la production de pétrole diminue avec 5 % par
an. Au bout d’un an la production a diminué jusqu’à 950.000
barils par jour. Quand simultanément ‘économie intérieure
croît et la demande intérieure augmente de 5 %, la
consommation intérieure atteindra 525.000 de barils par
jour. Alors il ne reste plus que 425.000 barils par jour
pour l’exportation, soit une diminution de 15 %. Le
graphique ci-dessous montre les effets cumulés sur quelques
années.

Graphique 3: Exemple du problème de l’exportation nette de
pétrole.
Après 8 années, et bien que le pays produise encore 700.000
barils par jour, l’exportation est réduite à 0. Une pareille
évolution a déjà eu lieu en Indonésie, au Royaume Uni et aux
États-Unis. Ces pays étaient de grands exportateurs de
pétrole et sont des importateurs aujourd’hui.
Cet effet est déjà visible sur le marché mondial. Graphique
4 montre la
nette-exportation mondiale totale sur les 5 dernières
années. La ligne superposée montre la tendance: une
diminution rapide de l’exportation mondiale totale.

Graphique 4: Nette exportation de pétrole
mondiale 2002 à 2013
Des changements pareils sur les marchés d’exportation créent
beaucoup de soucis aux pays importateurs. Les États-Unis,
par exemple, importent à peu près les deux tiers de ces
besoins en pétrole. Si le marché d’exportation s’asséchait
brusquement, comme suggère le graphique 4, les États-Unis
devraient faire des choix très durs. Cela pourrait
signifier, qu’ils devront accepter un appauvrissement
important de leur activité industrielle, de leur Produit
Intérieur Brut et de leur style de vie. Ou encore, qu’ils
concluent des contrats de longue durée avec des pays
producteurs de pétrole; ou encore, qu’ils entreprennent des
actions militaires pour sécuriser leur approvisionnement en
pétrole (comme cela a peut-être déjà été tenté en Iraq.)
Je dois ces vues au travail de Jeffrey Brown et son
Export Land Model.
Gaz
naturel
La situation de l’approvisionnement en gaz naturel est
comparable à celle du pétrole. C’est logique, puisque le gaz
et le pétrole viennent de la même source biologique [***] et
se trouvent souvent dans des formations géologiques
comparables. Les puits de gaz et de pétrole sont forés avec
des équipements comparables. Les différences entre les deux
ont tout à faire avec le fait que le pétrole est un liquide
visqueux et le gaz est un.. eh, gaz.
Bien qu’aussi bien le pétrole, comme le gaz, montrent un pic
dans la production, la pente de déclin pour le gaz sera
beaucoup plus raide en raison de sa plus faible viscosité.
Pour comprendre pourquoi, imaginons deux ballons, l’un
rempli d’eau, l’autre rempli d’air. Si l’on les pose et on
lâche l’ouverture, le ballon d’air se videra plus
rapidement, que celui rempli d’eau. Un réservoir de gaz
fonctionne de façon comparable. Lorsqu’il est foré, le gaz
s’échappe sous sa propre pression. Tant que le réservoir se
vide, le débit peut être maintenu relativement constant
jusqu’à ce que le réservoir soit “vide” et alors le débit
s’arrête brusquement.
Les champs de gaz montrent la même répartition que les
champs de pétrole. Comme pour le pétrole, nous exploitons
d’abord les champs les plus grands. Les champs qu’on tire
maintenant sont de plus en plus petits et exigent un plus
grand nombre de puits pour un volume identique de gaz. Par
exemple: au Canada le nombre de puits a augmenté de
300 % entre 1998 et 2004 (4.000 puits en 1998, contre
16.000 en 2004), tandis que le volume de production annuel
restait contant. Cela veut dire, que l’approvisionnement en
gaz montrera une même courbe en forme de cloche, que nous
avons vue pour le pétrole.
Une autre différence entre pétrole et gaz est le caractère
de leurs marchés sur le globe. Comparé au pétrole, le marché
de gaz est très petit. Cela vient du fait que le gaz est
difficile à transporter, contrairement à un liquide. Tandis
que le pétrole peut être pompé aisément dans et hors de
bateaux pétroliers, le gaz naturel doit d’abord être rendu
liquide (ce qui coûte pas mal d’énergie), être transporté
dans des bateaux spéciaux à température basse et sous
pression élevée, et, à l’arrivée être retransformé en gaz,
ce qui exige encore plus d’énergie. C’est la raison pour
laquelle la majorité du gaz au monde est transporté par des
pipelines. Cela limite la distribution du gaz à des marchés
nationaux et continentaux. Cela à une conséquence
importante: quand les réserves de gaz sur un continent
s’épuisent, le remplacement de l’approvisionnement depuis un
autre continent est très difficile.
Le pic dans la production mondiale du gaz n’interviendra
peut-être pas avant 2025, mais deux choses sont certaines:
nous aurons encore moins d’avertissements préalables que
pour le Peak Oil et ensuite le déclin sera extrêmement
rapide
extrêmement rapide . Pour le modèle de gaz j’ai placé le
pic entre 2025 et 2030. Il sera suivi d’un déclin accélérant
rapidement jusqu’à 8 % par an et un déclin constant de 8 %
annuel pour les 50 années suivantes. Cela fournit la courbe
de production de graphique 5.

Graphique 5: Production de gaz naturel mondiale, 1965 à 2100
Charbon
Le charbon est la vilaine belle-sœur des carburants
fossiles. Il a une réputation horrible pour l’environnement,
qui date de son premier usage répandu en Grande Bretagne au
18e siècle. Le brouillard “soupe de pois”
Londonien, préparé au charbon, était mal famé et nuisait la
santé de centaines de milliers de gens. Aujourd’hui le souci
est centré sur la suie et les cendres, et le dioxyde de
carbone qui se libère lors de la combustion du charbon. A
poids égale, le charbon produit plus de CO2 que le pétrole
ou le gaz. D’un point de vue de la production d’énergie le
charbon a l’avantage d’une grande abondance. Bien entendu,
cette grande abondance est très négative, lorsqu’on le
considère de la perspective du réchauffement climatique.
Aujourd’hui la plupart du charbon est utilisée pour produire
de l’électricité. Lorsque les économies croissent, la
demande d’électricité augmente aussi et quand on utilise
l’électricité comme remplacement partiel du pétrole et du
gaz, cela fera augmenter encore la demande de charbon. En ce
moment la Chine construit 2 à 3 centrales au charbon par
semaine et a l’intention de continuer à ce rythme pendant
encore au moins dix ans.
Tout comme nous avons vu pour le pétrole et le gaz, la
production de charbon montrera un pic et déclinera. Un des
facteurs est, que dans le passé nous avons miné surtout la
qualité supérieure, l’anthracite. Beaucoup de ce qui reste
aujourd’hui est de qualité beaucoup moindre, comme du
bitumeux et lignite. À la combustion cette qualité produit
moins d’énergie et exige donc une quantité plus importante
pour une même quantité d’énergie.
L’Energy Watch Group a conduit une analyse
circonstanciée pour une perspective de la consommation de
charbon à long terme. J’ai pris leur scénario le plus
avantageux comme point de départ de ce modèle. Le modèle
prévoit un usage de charbon grandissant avec un pic en 2025.
Quand le réchauffement terrestre commence à avoir des effets
sérieux, il y aura une pression croissante pour limiter
l’usage du charbon, ce qui mènera à un déclin un peu plus
rapide que prédit par l’Energy Watch Group. Puisqu’il existe
une abondance en charbon et que nous serons obligés de
compenser le déclin du pétrole et du gaz, la baisse de
production de charbon sera moins rapide et moins dramatique
que celle du pétrole et du gaz. Le modèle suppose une
évolution du déclin de 0 % en 2025, jusqu’à un pourcentage
constant de 5 % annuel à partir de 2100. Ces suppositions
donnent la courbe du graphique 6.

Graphique 6: Production de charbon mondiale, 1965 à 2100
Bien entendu, l’usage du charbon comporte un risque augmenté
pour le réchauffement de la terre, à cause de l’émission de
CO2. Beaucoup de paroles prometteuses ont été écrites sur la
possibilité d’ôter ce risque par le “Captage et Stockage du
Carbone” (“Carbon Capture and Storage” ou CSS).
Habituellement on veut dire par-là de capter le CO2 dans les
cheminées des centrales au charbon, de le comprimer et de le
stocker à long terme dans des champs à gaz vides. Cette
technologie est encore au stade expérimentale et il existe
beaucoup de scepticisme sur la sécurité du stockage de si
grandes quantités de CO2 dans les couches de rocher poreux.
Ces projets ne jouent quasiment aucun rôle dans l’analyse
annuelle. Plus loin dans cet article, où je parlerai des
dommages écologiques et l’énergie décroissante, je partirai
de la présomption qu’on atteigne peu de résultats avec le
CSS, comparé à l’émission de CO2 totale mondiale.
L’énergie
nucléaire
Le graphique 7 est le résultat de la synthèse de données et
un peu de projection. J’ai commencé par une table avec l’âge
des réacteurs, provenant de l’Agence Internationale de
l’Énergie Atomique (repris d’une (présentation
pour l’Association for the Study of Peak Oil and Gas),
et une deuxième table avec des données de production
nucléaire historiques de la
BP Statistical Review of World Energy 2007 et une
troisième table de l’
Uranium Information Centre , montrant les nombres de
réacteurs installés, en projet et proposés mondialement.
L’intérêt de la table des âges des réacteurs, c’est qu’il
montre que la majorité (361 des 439, autrement dit 82 %) a
entre17 et 40 ans d’âge. Le nombre de réacteurs à chaque âge
diffère bien sûr, mais la moyenne pour chaque année est 17.
Ce nombre augmente jusqu’à plus de 30 dans quelques années.
Deux réalités forment la base de mon modèle pour l’énergie
atomique. La première est, qu’en raison du fait que les
réacteurs ont une durée de vie d’à peu près 40 ans, beaucoup
de réacteurs approchent la fin de leur vie utile. La
deuxième est, que la vitesse de remplacement (déduite de la
table avec les réacteurs en projet de l’UIC) n’est que de 3
à 4 réacteurs par an, au moins pour les dix années à venir
et probablement également pour les vingt années suivantes.
Ces deux faits signifient, que dans les 20 ans à venir nous
allons mettre 300 réacteurs hors service, et nous n’en
aurons construit que 60. Donc, vers 2030 nous avons une
perte nette de 240 réacteurs ou plus, c’est à dire plus de
la moitié du total actuel. Comme tous ces réacteurs ont
grossièrement la même capacité (en moyenne un peu moins de 1
GW), cela signifie que nous pouvons calculer la capacité de
production globale pour chaque moment et de façon
relativement précise jusqu’en 2030.
Ce modèle fera une interprétation douce des données
disponibles. Il considère, que nous bâtirons chaque année 3
GW de capacité nucléaire durant les 10 ans à venir (cela
correspond à peu près à ce qui est en construction
aujourd’hui), 4,5 GW par an durant les 10 années suivantes
(ce sont les réacteurs en projet et qui vont être construits
probablement), et 6 GW des réacteurs proposés pour les 20
années suivantes. Le modèle suppose un rythme de
construction croissant, puisque je suppose que nous serons
sérieusement à court d’énergie dans 20 ans. C’est pour cela
que je présume qu’on construira chaque année deux fois plus
de réacteurs que maintenant.

Graphique 7: Production d’énergie nucléaire mondiale, 1965 à
2100
La chute dans la capacité entre maintenant et 2030 est
causée par le fait, que la construction de nouveaux
réacteurs ne compense pas suffisamment l’arrêt de vieux
réacteurs. L’augmentation après 2030 vient de la prédiction,
que le rythme de construction doublera à peu près en 2025,
quand la situation énergétique devient désespérée et qu’on
se rendra compte que la plupart des réacteurs construits
entre 1970 et 1990 sont hors d’usage. Le déclin final
d’après 2060 vient de mon expectation, que dans quelques
dizaines d’années nous perdront d’énormes capacités
industrielles par la disparition du pétrole et du gaz. En
raison de cela nous n’aurons plus la capacité de remplacer
tous les vieux réacteurs.
L’argument d’un pic dans la production nucléaire en 2010
suivi d’un déclin est comparable aux considérations
logistiques derrière Peak Oil – la grande masse de réacteurs
est sur le point d’être mise hors service et nous ne
construisons pas assez de remplacement. En fait, pour
compenser la mise hors service de vieux réacteurs, nous
devrions construire 17 réacteurs par an (plus de 5 fois de
ce qui est prévu maintenant) et pour toujours. Cela paraît
invraisemblable, vu le capital nécessaire, la réglementation
et l’opinion publique.
En passant, nous pouvons observer, que le déclin à compter
de 2010 signifie, que nous n’avons pas à nous soucier d’un
manque d’uranium (dont nous consommons 50.000 Tonnes par an
maintenant.)
Hydro-énergie
Si le charbon est la vilaine belle-sœur des sources
d’énergie, l’hydro-énergie ressemble à la parraine féerique
de l’histoire de l’énergie. Pour l’environnement il est
relativement propre, bien que pas aussi propre qu’on pense
jadis. Elle a la possibilité de livrer d’assez grandes
quantités d’électricité de façon relativement constante. La
technologie est bien connue, partout disponible et pas très
demandant techniquement (au moins comparée à l’énergie
nucléaire.) Les barrages et les générateurs ont une longue
vie.
L’hydro-énergie a un nombre de problèmes; la plupart sont
locaux. Les plus importants sont la destruction de biotopes
par le lac de retenue, l’émission de CO2 et de méthane de la
végétation inondée, et l’interruption des rivières. En ce
qui concerne l’évolution de l’hydro-énergie, l’obstacle le
plus important est le fait que les meilleurs sites soient
déjà utilisés. Néanmoins l’hydro-énergie est une source
d’énergie attractive. Les développements se poursuivront
probablement avec une même vitesse que dans le passé, au
moins jusqu’au moment où la demande diminue par des
économies qui s’effondrent.
Pour projeter la croissance de l’hydro-énergie, j’ai utilisé
une courbe qui s’accorde avec les données historiques des
dernières 40 années. Cette courbe suppose que les
développements futurs ressembleront beaucoup à ceux du
passé, au moins jusqu’au point où des influences extérieures
dérange le cours de cette évolution. La projection est
montrée dans le graphique 8. Le degré élevé de la
corrélation de cette courbe avec les données actuelles
(exprimé dans une valeur R au carré de 0,994) donne
confiance dans la fiabilité de cette projection. (Plus la
valeur R au carré s’approche de 1, plus la corrélation avec
les données est précise.)

Graphique 8: Projection de l’hydro-énergie
Le modèle pour l’hydro-énergie du graphique 9 montre une
capacité qui croît jusqu’à 2060 jusqu’au double de son
niveau actuel. Puis la capacité diminue jusqu’en 2100 pour
rejoindre le niveau actuel. Le déclin dans la deuxième
moitié du siècle sera causé par un déclin général de
l’activité industrielle et une diminution de l’eau des
rivières par le réchauffement de la terre. Ce sont les
influences extérieures, mentionnées ci-dessus.

Graphique 9: Production d’hydro-énergie mondiale, 1965 à
2100
Énergie renouvelable
L’énergie renouvelable comprend des sources comme le vent,
la conversion photo-voltaïque, l’énergie des marées et des
vagues, etc. L’appréciation de leur part probable dans la
composition de l’énergie totale future est une des
considérations plus difficiles rencontrées dans la
construction de ce modèle. Toute l’industrie des énergies
renouvelables est encore dans son enfance. C’est pourquoi
cette forme d’énergie n’a encore que peu d’impact, mais
beaucoup de promesses. Pendant que sa part au niveau mondial
est encore faible (moins de 1 % de la demande mondiale), les
taux de croissance sont remarquables. Par exemple, l’énergie
éolienne a un taux de croissance de
30% sur ces dix dernières années.
Les partisans de l’énergie renouvelable mettent en avant la
grande quantité de recherche qui a été effectuée et la
grande variété d’approches examinées. Ils disent aussi, et à
juste titre, que le défi est énorme: le développement des
sources d’énergie renouvelable est primordial pour une
civilisation humaine durable. Cette conscience, ce travail
et ces promesses donnent cette industrie montante un
rayonnement de puissance, qui paraît invincible. Et cela
supporte la conviction des partisans que tout est possible.
Bien sûr le monde est plein d’obstacles et d’optimisme
injustifié. Un de ces obstacles se montrait dans le diesel
bio, où récemment le conflit entre nourriture et carburant
entrait dans la conscience du public. Nous pouvons observer
cet optimisme démesuré dans le même domaine, où les rêves de
remplacer le diesel par l’éthanol rencontrent les limites du
faible rendement énergétique dans les procès biologiques.
Les questions clef pour un modèle digne de foi sont: quelle
est la croissance probable des énergies renouvelables sur
les 50 ans à venir et combien d’énergie cela apportera en
fin de compte?
Bien que JE ne partage pas l’avis pessimiste, que les
énergies renouvelables ne formera qu’une part négligeable,
il n’est pas non plus réaliste de supposer, qu’elle
obtiendra une position dominante sur le marché de l’énergie.
Cela est dû, en premier lieu par son démarrage tardif, au vu
du déclin prochain du pétrole, du gaz et de l’énergie
nucléaire, et aussi par son désavantage économique continuel
comparé au charbon.
Pour projeter une croissance réaliste de l’énergie
renouvelable, j’ai utilisé la même technique que pour
l’hydro-énergie ci-dessus. Comme point de départ de la
projection du graphique 10, j’ai utilisé les données de la
production d’énergie renouvelable de 1980 jusqu’à 2005,
collectées par l’
Energy Information Agency . Comme pour la courbe de
l’hydro-énergie, ici vaut, que la corrélation étroite avec
les données donne un degré de fiabilité élevé à cette
projection.

Graphique 10: Projection d’énergie renouvelable
Cette technique a quelques manques. En premier lieu il
additionne toutes les sources d’énergie renouvelable:
géothermie, soleil, vent, masse biologique etc. Comme
certaines de ces sources en sont encore à leur enfance, il
est possible qu’ils montrent une croissance rapide, rendant
cette projection trop conservatrice. A l’opposé il y a la
possibilité, que ces sources d’énergie se heurtent à des
obstacles inattendus, ce qui pourrait faire pencher le bilan
dans l’autre sens. Le deuxième problème est, que par le
jeune âge de cette industrie, les grandes interruptions de
production au début, rendent la courbe moins fiable. J’ai
résolu ce problème en ne prenant que les données des 15
dernières années comme base pour cette projection. Cette
période comporte les années avec la plus grande croissance
dans l’industrie solaire et éolienne. Comme nous constatons
dans la corrélation élevée entre la courbe et les données,
les différences annuelles sont relativement petites. Tout
considéré cette projection semble valable comme base pour le
modèle.
J’ai placé le pic de l’énergie renouvelable en 2070. Après
ce pic la production diminue du fait que beaucoup de sources
d’énergie renouvelables (par exemple turbines et panneaux
photo-voltaïques) dépendent d’un niveau élevé de technologie
et de fabrication. Le modèle prévoit, qu’à la fin de ce
siècle la part de l’énergie renouvelable est devenue plus
grande que les autres, à l’exception de l’hydro-énergie.

Graphique 11: Production mondiale de l’énergie renouvelable,
1965 à 2100
Toutes les sources d’énergie placées en perspective

Graphique 12: Usage d’énergie par source, 1965 à 2100
Graphique 12 montre toutes les courbes ensemble. Cela donne
une idée des moments respectifs des pics de production et de
la part relative de chaque source d’énergie au cours du
temps.
Comme vous pouvez voir, les combustibles fossiles livrent de
loin la plus grande part dans la composition actuelle de
l’énergie mondiale, mais tous les trois déclinent rapidement
au cours de la deuxième moitié du siècle. L’hydro-énergie et
les énergies renouvelables livrent une part respectable au
milieu du siècle, tandis que l’énergie nucléaire joue un
rôle constant. Vers la fin du siècle le pétrole et le gaz
ont presque disparu, et les joueurs dominant sont, dans
l’ordre, l’hydro-énergie, les énergies renouvelables, le
charbon et l’énergie nucléaire.

Graphique 13: La consommation d’énergie totale, 1965 à 2100
Dans le graphique 13 toutes les courbes d’énergie sont
additionnées pour montrer la forme globale de la
consommation d’énergie mondiale. Ce graphique montre toutes
les montées, pics et descentes. Il montre un pic fort en
2020 avec un déclin de plus en plus rapide jusqu’en 2100. La
raison la plus importante pour ce déclin est la disparition
progressive du pétrole, du gaz, et en moindre mesure du
charbon. Le déclin est tempéré par une montée de
l’hydro-énergie et des énergies renouvelables et atteint une
moyenne d’un peu moins de 3 % par an.
Hélas! La perte de la part énorme des combustibles fossiles
signifie, qu’à la fin de ce siècle la quantité totale de
l’énergie à la disposition de l’humanité, pourrait être
moins d’un cinquième de l’énergie dont nous disposons
maintenant et moins d’un sixième du pic attendu d’ici une
dizaine d’années. Ce déficit comporte un message menaçant
pour notre avenir. Ce message forme le sujet du reste de cet
article.
L’effet
de la diminution de l’énergie sur la population.
Comme j’ai dit dans l’introduction, la croissance de la
population mondiale a été rendue possible par la croissance
de l’approvisionnement en énergie. Maintenant il est temps
de considérer cette relation de plus près et de voir les
implications pour le modèle d’énergie globale que nous
venons de composer.
Les situations historique et présente
Selon une analyse de la consommation d’énergie historique,
publiée par la
Western Oregon University, notre consommation d’énergie
individuelle provenant de nourriture est restée relativement
constante (à l’intérieur d’un rapport 1 : 3 durant la plus
grande partie de l’histoire humaine), tandis que l’énergie
que nous utilisons pour le reste de nos activités a été
multipliée par 30, lorsqu’on compare les pays développés
avec l’aire agricole précoce. La population mondiale a
augmenté avec un facteur comparable, de 200 millions dans
l’an 1 (après Jésus Christ) jusqu’à 6,6 milliards
aujourd’hui.
Un des résultats plus signifiants de la recherche de la
Western Oregon University est la consommation d’énergie
“non-food” (hors nourriture) de “l’homme agricole avancé” de
l’Europe du Nord en 1400. Si nous transformons le nombre de
20.000 kilocalories par jour dans notre mesure de Tonnes
Equivalence de Pétrole, cela s’avère être 0,75 TEP par an.
La consommation de “l’homme industrialisé précoce”en 1875
est estimée à 2,5 TOE par an. En comparaison, en 1965 la
moyenne mondiale de la consommation d’énergie non-food
n’était que 1,2 TEP par an.
Bien entendu, au niveau mondial il y a de grandes
différences dans la consommation d’énergie. L’ensemble des
populations de la Chine, de l’Inde, du Pakistan et du
Bengladesh (2,7 milliards d’habitants) consomment 0,8 TEP
par habitant par an. La moyenne mondiale est de 1,7 TEP par
habitant par an. La consommation Nord-Américaine est
d’environ 8 TEP par habitant par an.
Il est raisonnable de prévoir, qu’un approvisionnement
d’énergie diminuant frappera assez différemment les
populations aux extrémités opposées du spectre de la
consommation d’énergie. La situation est encore compliquée
par les effets de la diminution de l’exportation du pétrole
sur les pays qui importent ce pétrole, et si ces pays sont
pauvres ou riches. Une analyse méticuleuse est hors du champ
de cet article. Nous passerons néanmoins en revue quelques
impacts à court et moyen terme. C’est un rajout à la
recherche de l’effet global de l’approvisionnement diminuant
de l’énergie, qui reste le sujet principal de cet article.
Effets à
long terme et effets cumulés
Comme montré dans l’exemple de “l’homme agricole” ci-dessus,
l’être humain a besoin d’une quantité d’énergie considérable
pour survivre, même à une qualité de vie assez faible. Cela
signifie, que lorsque l’énergie par habitant diminue, la
qualité de vie de ceux qui sont à l’extrémité basse de la
consommation d’énergie, va être durement touchée. La gravité
de l’effet dépendra de la distance qu’ils ont par rapport au
niveau d’énergie minimum pour survivre.
Dans notre civilisation les biens rares sont attribués sur
une base de prix: plus c’est rare, plus c’est cher. Ceux qui
peuvent se permettre de payer ce prix pourront l’obtenir au
détriment de ceux qui ne le peuvent pas. Ceux qui offrent
trop peu devront diminuer leur consommation ou même faire
sans. Cela s’applique sur l’énergie de la même façon que
pour tout autre produit.
Ceux qui sont en bas de l’échelle économique, devront, s’ils
peuvent, se passer d’autres achats pour payer l’énergie.
Mais si leur consommation est tellement basse, que, déjà, il
ne reste rien sur lequel ils peuvent économiser, les
conséquences seront catastrophiques.
Plus de 4,5 milliards des 6,6 milliards de citoyens mondiaux
vivent dans des pays aven une moyenne de consommation
d’énergie de moins de 2,0 TEP par personne par an. Quand
l’approvisionnement en énergie diminue, ces pays risquent un
fort accroissement dans le taux de décès, lorsqu’ils ne
peuvent plus participer sur le marché de l’énergie et leur
population reçoit moins que le minimum nécessaire pour
survivre.
Effets à
court terme et effets régionaux
Les effets à court terme et les effets régionaux sont
causés, en premier lieu, par le phénomène Peak-Oil et par la
crise de l’Exportation Nette de Pétrole. Dès que l’effet des
exportations insuffisantes devient sensible, les prix
augmenteront très rapidement.
Certains pays producteurs pourront décider d’exporter plus
(et garder moins pour leur propre population) en raison des
revenus supplémentaires. De pareilles décisions peuvent
résulter dans une population frustrée, ce qui peut mener à
des mécontentements ou même des révolutions. D’autres
producteurs pourraient envisager d’exporter moins à fin de
garder plus pour leur propre population. Cela résulterait
dans une vague de nationalisations des puits pour diriger la
distribution vers la population locale et pour en fixer les
prix locaux.
Les pays importateurs seront confrontés à des choix
semblables. Ils devront consacrer davantage de leurs revenus
pour l’achat de pétrole et économiser sur autre chose. Et si
cela ne suffit pas, ils devront limiter leur consommation de
pétrole. Et s’ils n’acceptent ni l’un, ni l’autre, ils
pourraient être enclins à sécuriser leur approvisionnement à
la force des armes, s’ils en ont les moyens. Les pays
producteurs situés les plus proches, qui retiennent leur
pétrole ou en sont suspectés, courent un risque accru pour
devenir le cible d’une guerre pour les sources d’énergie. Et
certains de ces considérations géopolitiques peuvent avoir
joué déjà lors de l’invasion de l’Iraq par les États-Unis.
La crise de l’exportation nette de pétrole peut devenir
l’événement géopolitique des dix années à venir.
Le
modèle de population
Le modèle de population est essentiellement basé sur les
effets cumulés de l’approvisionnement de l’énergie à long
terme. Les mécanismes de la baisse projetée dans la
population ne sont pas déterminés. Cependant, il est
plausible qu’il s’agira de déficits régionaux massifs dans
la nourriture, de la propagation de maladies (en raison du
démantèlement de services médicaux et sanitaires dans les
villes) et une mortalité accrue causée par le froid et la
chaleur.
Dans le modèle l’interaction la plus importante se trouve
entre la quantité d’énergie disponible au cours du temps
(graphique 13) et une estimation de la moyenne de
consommation par habitant. La consommation actuelle se situe
aux alentours de 1, 7 TEP par personne par an et dans le
modèle cela baisse uniformément vers 1,0 TEP par personne
par an en 2100. A titre de comparaison, en 1965 la moyenne
mondiale était de 1,2 TEP, donc le modèle ne prédit pas une
diminution énorme en dessous de ce niveau. Une augmentation
des différences entre pays riches et pauvres est également
probable, mais n’est pas exprimée dans cette approche.
Dans ces conditions la population mondiale augmenterait
jusqu’`7,5 milliards en 2025, avant de diminuer
inexorablement vers 1,8 milliards en 2100.

Graphique 14: Population mondiale selon disponibilité
d’énergie, 1965 à 2100
Les effets des dommages écologiques
Pour compléter l’image de la population mondiale au cours du
siècle, nous devrons mentionner également quelques notions
écologiques.
Selon une définition sur
Wikipedia:
L’écologie est l’étude scientifique de la répartition et
l’abondance des organismes vivants, et du comment cette
répartition et cette abondance sont influencées par
l’interaction entre ces organismes et leur environnement.
Il y a deux concepts écologiques, qui forment la clef pour
comprendre la situation actuelle de l’homme sur notre
planète. Le premier c’est la capacité de charge
(Carrying capacity) et le deuxième c’est le Surnombre
(Overshoot.)
Capacité
de charge
La capacité de charge d’un environnement est déterminée par
le nombre de moyens, qui sont disponibles pour la population
qui y vit. Généralement la nourriture est considérée un
facteur limitant. Pour des plantes et des animaux cette
définition peut facilement être appliquée. Des exemples
classiques sont les variations dans les rapports entre les
animaux prédateurs et leurs proies (comme les loups et les
cerfs, les renards et les lapins) ou le nombre de buffles
pouvant habiter sur une surface déterminée de prairies.
Lorsque nous tentons d’appliquer cette définition sur des
humains, nous rencontrons des problèmes. Dans le règne des
animaux, lorsqu’une population est plus petite que permet la
capacité de charge d’un environnement, cette population
augmentera. Et lorsque cette capacité est atteinte, le
nombre stabilisera. Mais chez l’homme le nombre croît depuis
très longtemps et continue encore de croître, bien que moins
rapidement. Est-ce que cela signifie que nous n’avons pas
encore atteint la capacité de charge de la terre ou est-ce
qu’il y a d’autres facteurs en jeu?
La considération manquante est, bien entendu, le type de
moyens consommés par les individus de la populatio